Compte suisse simplement utilisé : une seule opération suffit à déclencher l'obligation

C'est la décision la plus lourde de conséquences des trois dernières années sur les comptes étrangers, et elle est encore peu connue. Elle élargit considérablement le cercle des personnes tenues de déclarer, et donc celui des personnes exposées au délai de reprise de dix ans.
Ce qu'a jugé le Conseil d'État le 14 octobre 2024
Par une décision n° 489580, le Conseil d'État a précisé la portée du mot « utilisé » dans l'article 1649 A du Code général des impôts, qui vise les comptes « ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger ».
Deux enseignements, et ils sont larges.
La qualité de titulaire n'est pas requise. La procuration ne l'est pas davantage. Une personne peut être tenue de déclarer un compte dont elle n'est ni titulaire, ni mandataire.
Une seule opération suffit. Le compte est utilisé dès lors que le contribuable y a effectué au moins une opération de crédit ou de débit au cours de l'année. Une opération, une année, une obligation.
Dans l'affaire jugée, la personne avait donné à la banque l'ordre de procéder à la levée d'options, dont le produit avait transité par le compte. Cela a suffi.
Les deux limites, et elles comptent
La décision n'est pas sans contrepartie, et c'est cette contrepartie qui fait la défense.
Les intérêts crédités automatiquement ne constituent pas une utilisation. Ils procèdent de la banque, non du contribuable.
Les frais de gestion prélevés par l'établissement non plus. Même raisonnement.
Autrement dit, le critère est l'initiative. Un compte qui vit tout seul, dont les seuls mouvements sont le fait de la banque, n'est pas utilisé au sens du texte. Cette distinction, apparemment technique, décide de l'application ou non du délai de dix ans sur une année donnée.
Le cas du compte d'une société
Le Conseil d'État avait déjà précisé, par une décision du 8 mars 2023 (n° 463267), la situation du dirigeant à l'égard du compte étranger de sa société.
La règle qui s'en dégage est équilibrée : la seule qualité de dirigeant ne suffit pas à rendre le compte social déclarable au nom de la personne physique. Ce qui rend l'obligation applicable, c'est l'usage du compte pour son propre compte, ou la dissimulation derrière la société d'un bénéficiaire effectif qui est la personne physique.
C'est une ligne de partage utile, et elle se plaide sur des faits : qui décidait, qui bénéficiait, quelle réalité économique avait la société.
Ce que cela change concrètement
Trois profils deviennent exposés alors qu'ils se croyaient hors du champ.
Le conjoint qui effectue ponctuellement une opération sur le compte suisse de l'autre, sans en être cotitulaire.
L'enfant qui gère les affaires d'un parent âgé et donne un ordre à la banque.
Le dirigeant qui utilise le compte de sa société pour une dépense personnelle, même isolée.
Pour chacun, l'enjeu n'est pas l'amende de 1 500 €, c'est l'ouverture du délai de reprise de dix ans sur l'ensemble de sa situation. La prescription des comptes suisses [lien à poser].
Comment se défend une qualification d'utilisation
Quatre questions, dans cet ordre.
1.Quelle opération précise l'administration retient-elle ? Elle doit l'identifier, et non se contenter d'affirmer l'existence d'un lien avec le compte.
2.Cette opération procède-t-elle de votre initiative ou de la banque ? C'est le critère central, et il écarte les intérêts et les frais.
3.Sur quelle année ? L'obligation s'apprécie année par année. Une utilisation en 2019 n'emporte rien pour 2020.
4.S'agit-il d'un compte social ? Si oui, la seule qualité de dirigeant ne suffit pas, et c'est à l'administration d'établir l'usage personnel ou la dissimulation.
Questions fréquentes
J'ai une procuration que je n'ai jamais utilisée.
L'existence d'une procuration soulève la question, mais c'est l'utilisation effective qui la tranche. L'absence d'opération est un argument.
Un virement reçu sur le compte compte-t-il ?
C'est une opération de crédit. La question devient celle de savoir si elle procède de votre initiative.
Cette jurisprudence s'applique-t-elle aux années anciennes ?
Elle interprète un texte existant. Elle est donc invocable pour les années non prescrites, dans un sens comme dans l'autre.
Aller plus loin
•Compte bancaire en Suisse non déclaré
•Comptes bancaires détenus à l'étranger : vos obligations
•La prescription des comptes suisses [lien à poser]
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Mis à jour le 12 septembre 2026. Me Sassi, avocat au barreau de Paris, 32 avenue Carnot, 75017 Paris.

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