Salaire ou dividendes : comment se rémunérer quand on dirige sa société ?

Salaire ou dividendes : comment se rémunérer quand on dirige sa société ?

Vous dirigez une société soumise à l'impôt sur les sociétés et vous en êtes associé : chaque année, vous choisissez sous quelle forme le résultat vous revient. La réponse dépend de trois choses : votre statut (président de SAS ou gérant majoritaire de SARL), le niveau de vos revenus et le prix que vous accordez à votre retraite. En 2026, la règle tient en trois lignes. En SAS : un salaire au niveau du plafond de la sécurité sociale, le reste en dividendes. En SARL : la rémunération d'abord, des dividendes limités. Au-delà de 250 000 € de revenus : tout recalculer. Voici pourquoi, chiffres à l'appui.

Pourquoi un euro de salaire ne vaut pas un euro de dividende

Le salaire du président, comme la rémunération du gérant, supporte des cotisations sociales. En contrepartie, il achète des droits : trimestres de retraite, points de retraite complémentaire, indemnités journalières en cas d'arrêt de travail. Le dividende échappe en principe aux cotisations, mais il a d'abord supporté l'impôt sur les sociétés, il subit ensuite 31,4 % de prélèvements (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026), et il n'ouvre aucun droit.

Sur 100 € de bénéfice, il vous reste donc 58,31 € si la société a été taxée à 15 %, et 51,45 € si elle l'a été à 25 %. Sur 100 € consacrés au salaire d'un président de SAS, il reste environ 57 € nets avant impôt sur le revenu. Les deux voies se tiennent de plus près qu'on ne le croit.

La seule comparaison honnête consiste à partir de ce que la société peut vous consacrer, c'est-à-dire son résultat avant votre rémunération et avant impôt sur les sociétés, puis à compter quatre prélèvements : les cotisations sur la rémunération, part patronale comprise ; l'impôt sur les sociétés sur le bénéfice ; les prélèvements sur les dividendes ; l'impôt sur le revenu de votre foyer, avec les autres revenus du ménage. Et à ne pas oublier le cinquième élément, que les comparatifs rapides ignorent : les droits que vos cotisations vous achètent. Un calcul qui s'arrête au revenu disponible flatte toujours le dividende.

Président de SAS : le dividende gagne, jusqu'à un certain point

Le président de SAS cotise comme un cadre salarié, sans l'assurance chômage et sans les allégements réservés aux salariés. Pour 250 000 € dépensés par la société, il perçoit 142 939 € nets avant impôt : les cotisations représentent les trois quarts du net.

Prenons Céline, présidente d'une SAS industrielle de 45 salariés. Elle est pacsée, son partenaire perçoit 45 000 € de salaires. La part du résultat qui lui revient, avant sa rémunération et avant impôt sur les sociétés, est de 250 000 €.

Répartition

Revenu disponible

Part de l'enveloppe

Cotisations de retraite

Tout en salaire

105 277 €

42,1 %

49 168 €

Salaire au plafond de la sécurité sociale (4 005 € bruts par mois), le reste en dividendes

127 019 €

50,8 %

13 447 €

Salaire de 1 000 € bruts par mois, le reste en dividendes

130 922 €

52,4 %

3 358 €

 

Le dividende l'emporte nettement : 25 645 € de revenu en plus chaque année entre le tout salaire et le salaire minimal. Mais l'essentiel du gain est acquis dès que le salaire est ramené au plafond de la sécurité sociale. Descendre de 4 005 € à 1 000 € bruts par mois ne rapporte plus que 3 903 €, et fait perdre environ 880 € de pension annuelle future : une mise récupérée en moins de cinq ans de retraite. À l'inverse, au-dessus du plafond, le salaire n'achète plus que des points de retraite complémentaire : 21 742 € de revenu disponible sacrifiés pour 1 587 € de pension par an, soit quatorze ans de retraite pour s'y retrouver.

La règle pour un président de SAS : un salaire au niveau du plafond de la sécurité sociale (48 060 € bruts par an en 2026). Il valide quatre trimestres, alimente la retraite de base au maximum et ouvre droit aux indemnités journalières à leur montant maximal. Au-delà, ne versez du salaire que si vous préférez des points de retraite à une épargne que vous gérez vous-même.

Si vos titres sont détenus par une holding, le dividende y remonte presque sans impôt : sous le régime des sociétés mères, seule une quote-part de 5 % est taxée. Les 141 035 € de dividendes de Céline lui laissent 96 750 € en direct, et 139 272 € dans sa holding, disponibles pour investir. L'impôt personnel n'est pas supprimé, il est reporté au jour où la holding distribuera à son tour.

Gérant majoritaire de SARL : la rémunération d'abord

Les dividendes du gérant majoritaire ne sont pas des dividendes comme les autres. La fraction qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes laissées en compte courant est soumise aux cotisations sociales, comme une rémunération. Avec 50 000 € de capital et 30 000 € de compte courant, la franchise n'est que de 8 000 € par an, et elle s'apprécie en ajoutant les dividendes du conjoint, du partenaire de Pacs et des enfants mineurs.

En contrepartie, les cotisations du gérant sont plus légères que celles du président : pour 120 000 € dépensés par la société, 35 697 € de cotisations et 84 303 € nets avant impôt, soit des cotisations égales à 42 % du net, contre 75 % pour le président.

Prenons Antoine, gérant majoritaire d'une SARL de négoce de 12 salariés. Il est marié, deux enfants ; son épouse perçoit 30 000 € de salaires. Le résultat avant sa rémunération et avant impôt sur les sociétés est de 120 000 €.

Répartition

Revenu disponible

Part de l'enveloppe

Tout en rémunération

70 152 €

58,5 %

42 500 € laissés en bénéfice (la tranche taxée à 15 %), le reste en rémunération

71 456 €

59,5 %

Rémunération réduite à 45 000 €, le reste en dividendes

67 787 €

56,5 %

 

L'arbitrage ne rapporte presque plus rien : 1 304 € par an dans le meilleur des cas. Dès que le bénéfice dépasse la tranche taxée à 15 %, le dividende devient perdant : il supporte l'impôt sur les sociétés à 25 %, puis des cotisations sociales, puis l'impôt sur le revenu.

La règle pour un gérant majoritaire : la rémunération d'abord, un bénéfice limité à la tranche taxée à 15 % (42 500 €), et pas de dividendes au-delà. Deux idées reçues tombent au passage. Passer en SAS pour percevoir des dividendes ? Avec la même enveloppe, Antoine obtiendrait au mieux 57,9 % contre 58,5 %, avec 3 358 € de cotisations de retraite au lieu de 16 482 €. Augmenter le capital pour relever la franchise ? Porter le capital de 50 000 € à 150 000 € lui rapporterait 255 € par an.

Hauts revenus : la contribution différentielle change la donne

Depuis 2025, les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € (500 000 € pour un couple) sont soumis à une imposition minimale de 20 %. Le dirigeant qui se rémunère surtout en dividendes est directement visé : ses dividendes ne supportent que 12,8 % d'impôt sur le revenu, la contribution relève ce taux vers 20 %. À la marge, le dividende est alors taxé à 38,6 % et non plus à 31,4 %. Et la contribution donne lieu à un acompte de 95 % à verser en décembre de l'année même.

Prenons Paul, célibataire, président et associé unique d'une SASU de conseil, avec un résultat de 600 000 € avant sa rémunération. Tout en salaire, il conserve 36,1 % de l'enveloppe : c'est le plus mauvais choix. Mais 250 000 € de salaire (46,7 %), un salaire au plafond de la sécurité sociale (46,5 %) ou un salaire de 1 000 € par mois (46,5 %) lui laissent le même revenu disponible, à 1 600 € près. Tant que la contribution différentielle joue, l'impôt payé sur le salaire s'impute sur le minimum de 20 % : augmenter le salaire ne coûte presque plus rien en impôt, et achète 1 594 € de pension annuelle supplémentaire entre le salaire au plafond et le salaire de 250 000 €.

La règle pour les hauts revenus : refaites le calcul avec un salaire élevé. La stratégie « salaire minimal et dividendes » y procure le même revenu disponible qu'un salaire confortable, la retraite en moins.

Trois planchers à ne jamais franchir

Ne pas se verser de salaire du tout est possible, et c'est une mauvaise idée : aucun trimestre validé, aucune indemnité journalière, et une exposition à la cotisation subsidiaire maladie. Trois seuils fixent le plancher en 2026.

·      7 212 € de salaire brut par an pour valider quatre trimestres de retraite.

·      9 612 € de revenus d'activité pour échapper à la cotisation subsidiaire maladie, qui peut atteindre 6,5 % de vos revenus du capital au-delà de 24 030 €, sauf si votre conjoint ou partenaire perçoit lui-même au moins 9 612 € de revenus d'activité.

·      Un peu plus de 2 000 € bruts par mois pour avoir droit aux indemnités journalières en cas de maladie.

Un salaire de 1 000 € bruts par mois franchit les deux premiers seuils, pas le troisième : c'est un minimum de précaution, pas une protection sociale.

Et si vous laissiez le bénéfice dans la société ?

C'est souvent la meilleure solution, si vous n'en avez pas besoin et si la société en a l'usage. Le bénéfice non distribué ne supporte que l'impôt sur les sociétés : dans l'exemple de Céline, la société conserve 141 035 € après impôt là où une distribution ne lui aurait laissé que 96 750 €. La différence finance l'investissement ou le remboursement des emprunts. Ce n'est qu'un report : l'impôt personnel sera dû le jour où vous appréhenderez ces sommes, par un dividende ou par la vente de vos titres, parfois à de meilleures conditions (départ à la retraite, transmission). Attention toutefois à la trésorerie accumulée sans emploi professionnel : elle reste exposée aux créanciers de la société et peut être écartée des régimes de faveur réservés aux biens professionnels lors d'une transmission.

Ce qu'il faut retenir

1.    Président de SAS, en dessous des seuils de la contribution différentielle : salaire au plafond de la sécurité sociale, le reste en dividendes.

2.    Gérant majoritaire de SARL : rémunération d'abord, bénéfice limité à la tranche à 15 %, pas de dividendes au-delà.

3.    Hauts revenus : recalculez avec la contribution différentielle ; le salaire redevient presque neutre, autant en prendre les droits.

4.    Jamais de salaire nul, et pas de salaire symbolique sans avoir vérifié les trois seuils.

5.    Avec des associés, la rémunération paie le travail et le dividende paie le capital : l'arbitrage ne porte que sur votre part.

Trois erreurs reviennent souvent : décider sur le seul taux de prélèvement, sans compter les droits perdus ; distribuer un dividende que le bénéfice distribuable ne couvre pas ; oublier que l'option pour le barème progressif engage tous les revenus du capital et toutes les plus-values du foyer pour l'année.

Enfin, une question de calendrier. Pour être déduite du résultat de l'exercice, votre rémunération doit avoir été décidée avant la clôture, par l'organe compétent, dans son principe et dans son montant. Le dividende, lui, se décide après l'approbation des comptes. L'arbitrage se prépare donc au dernier trimestre, sur un résultat prévisionnel.

Faire chiffrer votre situation

Le bon dosage dépend de votre enveloppe, de votre statut, des revenus de votre foyer, de vos autres revenus du capital et de vos projets : holding, cession, transmission. Trois paramètres ont changé depuis 2025 (les prélèvements sur les dividendes, l'assiette des cotisations des indépendants, la contribution différentielle) et les lois de finances pour 2027 en modifieront d'autres : une simulation faite il y a deux ans n'est plus fiable.

Le cabinet établit la simulation sur vos chiffres et sécurise la décision : procès-verbal fixant la rémunération avant la clôture, décision de distribution, traitement des dividendes du gérant majoritaire au regard des cotisations sociales, remontée des dividendes dans une holding. Consultations sur rendez-vous, au cabinet ou à distance.

 

Me Sassi, avocat. Trente ans de pratique en droit des affaires et en droit fiscal au service des dirigeants de PME : choix et évolution de la structure, rémunération, holding, contrôle fiscal et Urssaf, transmission. Sassi Société d'Avocats, 32 avenue Carnot, 75017 Paris. Tél. 01 42 84 13 13. contact@sassi-avocats.com

 

Chiffres et règles applicables en 2026 : plafond annuel de la sécurité sociale de 48 060 €, prélèvement forfaitaire de 31,4 % sur les dividendes, impôt sur les sociétés à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 %. Exemples établis à partir des simulateurs de l'Urssaf (dividendes, comparaison des statuts) ; les montants sont arrondis. À actualiser après les lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2027.

Questions fréquentes

 

Vaut-il mieux se verser un salaire ou des dividendes en SAS ?

Un salaire au niveau du plafond de la sécurité sociale (4 005 € bruts par mois en 2026), puis des dividendes. En dessous, vous perdez des droits à retraite et des indemnités journalières pour un gain faible ; au-dessus, le salaire n'achète plus que des points de retraite complémentaire.

 

Les dividendes du gérant majoritaire de SARL paient-ils des cotisations sociales ?

Oui, pour la fraction qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et du compte courant d'associé. Cette fraction est traitée comme une rémunération ; seule la fraction inférieure au seuil supporte les prélèvements sociaux de 18,6 %.

 

Peut-on ne se verser aucun salaire et vivre de dividendes ?

C'est possible mais déconseillé : aucun trimestre de retraite validé, aucune indemnité journalière, et une cotisation subsidiaire maladie de 6,5 % sur les revenus du capital si vos revenus d'activité sont inférieurs à 9 612 € (2026).

Publié le 18/10/2026

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