Role de Tracfin dans le controle fiscal

Role de Tracfin dans le controle fiscal

Role de Tracfin dans le controle fiscal

Le dispositif français de lutte contre le blanchiment et la fraude fiscale repose de plus en plus sur Tracfin. En 2025, ce service de renseignement financier a reçu 278 484 déclarations de soupçon des banques, notaires, experts-comptables et autres professions assujetties, et transmis 740 signalements de fraude aux finances publiques représentant 3,2 milliards d'euros d'enjeux (rapport d'activité 2025). Une part de ces signalements aboutit sur le bureau d'un vérificateur.

Un signalement Tracfin peut ainsi déboucher sur un contrôle fiscal approfondi, un redressement assorti de lourdes majorations et, dans les cas les plus graves, des poursuites pour fraude fiscale. Cet article explique comment l'information passe de Tracfin à l'administration fiscale, ce que celle-ci peut en faire, ce que vous risquez et comment vous défendre. Le fonctionnement de Tracfin lui-même et le parcours pénal sont traités dans nos deux autres articles : Tracfin dans les affaires de blanchiment de fraude fiscale et Tracfin et blanchiment de fraude fiscale.

Qu'est-ce que Tracfin et qui lui déclare ?

Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) est un service à compétence nationale du ministère de l'Économie et des Finances, chargé de recueillir et d'analyser les renseignements sur les flux financiers susceptibles de provenir d'une infraction, fraude fiscale comprise, ou de financer le terrorisme (article L. 561-23 du Code monétaire et financier). Il ne contrôle pas et ne redresse pas : il transmet.

Ses informations viennent des professionnels assujettis énumérés à l'article L. 561-2 du CMF : banques et établissements de paiement, assureurs, prestataires de services sur crypto-actifs, notaires, experts-comptables, commissaires aux comptes, agents immobiliers, casinos, marchands de biens précieux et, dans certains cas, avocats. En matière de fraude fiscale, la déclaration est obligatoire dès qu'un des seize critères de l'article D. 561-32-1 du CMF est réuni (société écran, opérations en espèces inhabituelles, refus de justifier l'origine des fonds, transfert vers un État non coopératif, etc.). En 2025, le secteur financier a fourni 93 % des déclarations (+31 %), les notaires ont augmenté les leurs de 64 % et les plateformes de crypto-actifs de 58 %.

Comment l'information passe-t-elle de Tracfin à l'administration fiscale ?

L'article L. 561-31 du CMF autorise Tracfin à transmettre à l'administration fiscale les informations sur des faits susceptibles de relever de la fraude fiscale ou de son blanchiment, sans passer par le parquet. La note est adressée à la Direction générale des finances publiques, le plus souvent à la Direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF) ou aux directions de contrôle, qui décident d'engager ou non un contrôle. En 2025, ces transmissions ont conduit la DGFiP à notifier 91,6 millions d'euros de droits (+7 %), et un tiers des contrôles engagés par l'URSSAF ont fait suite à un signalement Tracfin.

Depuis la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, les enquêteurs judiciaires des douanes et des finances publiques peuvent eux aussi transmettre directement à l'administration fiscale les informations utiles au contrôle recueillies dans leurs enquêtes (nouvel article 706-1-3 du Code de procédure pénale). La note Tracfin n'est donc plus la seule passerelle entre le pénal et le fiscal. Sur l'ensemble des sources du fisc, voir D'où viennent les informations du fisc ?.

Quel contrôle un signalement Tracfin peut-il déclencher ?

La note Tracfin alimente la programmation du contrôle fiscal, au même titre que le ciblage par algorithme (52 % des contrôles d'entreprises en 2025 selon le bilan de la DGFiP ; voir Qu'est-ce qu'un profil à risque ?). Trois procédures sont possibles :

• Le contrôle sur pièces, depuis le bureau, à partir des déclarations déposées et des informations détenues par l'administration, souvent précédé d'une demande d'éclaircissements ou de justifications.

• La vérification de comptabilité pour les entreprises, sur place ou par la plateforme ESCALE, avec avis de vérification et charte du contribuable vérifié.

• L'examen contradictoire de situation fiscale personnelle (ESFP) pour les particuliers (article L. 12 du LPF) : l'administration contrôle la cohérence entre les revenus déclarés, la situation patrimoniale, la trésorerie et le train de vie. Il dure au plus un an, porté à deux ans lorsqu'une activité occulte ou des comptes étrangers sont découverts.

Dans les dossiers les plus lourds, l'administration peut aussi demander au juge des libertés et de la détention l'autorisation d'une visite domiciliaire (article L. 16 B du LPF ; voir Enquête fiscale et droit de visite et de saisie).

Que peut faire le fisc des éléments transmis par Tracfin ?

Les demandes d'éclaircissements et de justifications

Lorsque l'administration dispose d'éléments établissant que le contribuable a pu disposer de revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, elle lui adresse une demande de justifications (article L. 16 du LPF) : origine des crédits bancaires, des apports, des fonds ayant financé un achat immobilier. Le contribuable dispose de deux mois pour répondre, prorogeables sur demande (article L. 16 A). Une réponse absente, tardive ou jugée insuffisante après mise en demeure entraîne la taxation d'office des sommes en cause (article L. 69 du LPF), avec renversement de la charge de la preuve. C'est là que la note Tracfin pèse le plus : elle fournit à l'administration la liste précise des mouvements à justifier.

Les comptes et avoirs à l'étranger

Un transfert depuis un compte étranger non déclaré est le cas d'école du signalement Tracfin. Le contribuable encourt alors l'amende de l'article 1736 du CGI (1 500 € par compte et par année, 10 000 € si le compte est dans un État non coopératif) pour défaut de déclaration (article 1649 A), un délai de reprise porté à dix ans (article L. 169 du LPF) et une majoration de 80 %. Si l'origine des avoirs n'est pas justifiée dans le cadre de la procédure de l'article L. 23 C du LPF, les sommes sont taxées aux droits de mutation à titre gratuit au taux de 60 % (article 755 du CGI). Voir Contrôle fiscal et compte à l'étranger, La taxe de 60 % sur les comptes détenus à l'étranger et notre page Compte bancaire à l'étranger.

Les structures et les montages

Sociétés étrangères sans substance, holdings interposées, trusts, prestations facturées depuis l'étranger : l'administration peut rattacher les revenus à la personne qui les contrôle réellement, écarter le montage sur le fondement de l'abus de droit (article L. 64 du LPF, majoration de 80 %) ou retenir un établissement stable en France. Voir Contrôle fiscal des sociétés offshore.

La cohérence train de vie et revenus

L'achat d'un bien immobilier, d'un véhicule ou d'œuvres d'art sans rapport avec les revenus déclarés déclenche une balance de trésorerie : l'administration compare les ressources connues et les emplois constatés, et impose l'écart comme revenu d'origine indéterminée, avec les majorations correspondantes.

Quelles sont les conséquences d'un redressement lié à Tracfin ?

Les rappels et les majorations

Le redressement peut porter sur l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, la TVA, l'impôt sur la fortune immobilière et les droits d'enregistrement. Il est assorti de l'intérêt de retard de 0,20 % par mois (article 1727 du CGI) et de majorations : 10 % pour dépôt tardif, 40 % après mise en demeure et 80 % en cas d'activité occulte (article 1728) ; 40 % pour manquement délibéré et 80 % pour manœuvres frauduleuses ou abus de droit (article 1729). La contestation de la mauvaise foi est un enjeu à part entière : voir Contrôle fiscal et mauvaise foi.

Le risque pénal

Lorsque les droits éludés dépassent 100 000 € et que les majorations de 100 %, 80 % ou, en cas de réitération, 40 % ont été appliquées, l'administration doit dénoncer les faits au procureur de la République (article L. 228 du LPF) ; en dessous, elle peut porter plainte après avis de la commission des infractions fiscales. La fraude fiscale est punie de cinq ans d'emprisonnement et 500 000 € d'amende, portés à sept ans et 3 000 000 € en cas de circonstances aggravantes, dont les comptes à l'étranger et la bande organisée (article 1741 du CGI), avec les peines complémentaires (interdiction de gérer, publication). Le blanchiment de fraude fiscale peut, lui, être poursuivi sans plainte de l'administration. Les dossiers importants relèvent du Parquet national financier. Voir Redressement fiscal avec risque pénal.

Trois situations fréquentes

Le transfert depuis un compte étranger non déclaré

Un particulier rapatrie des fonds importants depuis un compte à l'étranger jamais déclaré. La banque française déclare l'opération à Tracfin, qui la transmet à la DGFiP. Résultat : ESFP, demande de justification de l'origine des avoirs, amende pour non-déclaration, rappels sur dix ans avec majoration de 80 % et, si l'origine n'est pas établie, taxation à 60 %. Une régularisation spontanée avant tout contrôle change entièrement l'issue du dossier.

La société écran

Une société française règle des prestations à une structure offshore qui n'a ni personnel ni locaux. Tracfin repère les flux ; la DGFiP engage une vérification de comptabilité, rejette la déduction des charges, requalifie les sommes en revenus distribués au dirigeant et applique la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses ou abus de droit, avant de dénoncer les faits au parquet.

Le train de vie sans revenus

Un contribuable acquiert un bien immobilier de luxe payé pour partie en espèces, sans cohérence avec ses revenus. Le notaire déclare. L'administration ouvre un ESFP, établit une balance de trésorerie et taxe d'office les revenus d'origine indéterminée après une demande de justifications restée sans réponse satisfaisante.

Comment se défendre face à un redressement fiscal après un signalement Tracfin ?

Vérifier la régularité de la procédure

Un redressement n'est valable que si la procédure l'est. L'avocat fiscaliste contrôle la régularité de l'avis de vérification et de la charte, la durée du contrôle, le respect des délais de réponse, la motivation de la proposition de rectification et le débat contradictoire. Point spécifique aux dossiers Tracfin : l'article L. 76 B du LPF oblige l'administration à informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus de tiers qu'elle utilise pour le redresser, et à lui communiquer les documents sur sa demande avant la mise en recouvrement. L'omission de cette information est une cause d'annulation. Voir Dix vices de procédure qui peuvent annuler un redressement et, sur l'usage d'informations d'origine irrégulière, Le fisc peut utiliser des documents volés.

Contester les bases du redressement

Une note Tracfin décrit des flux ; elle ne prouve pas qu'ils constituent des revenus imposables. La défense consiste à reconstituer l'origine de chaque mouvement (contrats, factures, actes, successions, prêts, relevés étrangers), à répondre de façon complète et dans les délais aux demandes de justifications pour éviter la taxation d'office, à démontrer la bonne foi pour écarter la majoration de 40 % et à contester la méthode de reconstitution lorsqu'elle est sommaire. Voir Bien répondre à une proposition de rectification et Procédure contradictoire et taxation d'office.

Utiliser les recours

Après la réponse aux observations, le contribuable peut saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur puis l'interlocuteur départemental (recours hiérarchique), demander la réunion de la commission des impôts, puis, après mise en recouvrement, déposer une réclamation contentieuse avec sursis de paiement et saisir le tribunal administratif.

Anticiper le volet pénal

Dès que les seuils de dénonciation obligatoire sont approchés ou que le vérificateur évoque des manœuvres frauduleuses, la stratégie fiscale doit être arrêtée en fonction du risque pénal : ce qui est reconnu devant l'administration sera utilisé devant le juge. L'assistance d'un avocat intervenant à la fois en droit fiscal et en droit pénal des affaires s'impose, y compris pour les auditions et gardes à vue.

Questions fréquentes

Peut-on savoir si l'on a fait l'objet d'un signalement Tracfin ?

Non. La déclaration de soupçon est confidentielle (article L. 561-18 du CMF) et n'est jamais communiquée. En revanche, si l'administration fiscale utilise la note Tracfin pour vous redresser, elle doit vous informer de l'origine et de la teneur de ces renseignements (article L. 76 B du LPF) : c'est à ce moment que le signalement devient visible.

Un signalement Tracfin entraîne-t-il automatiquement un contrôle fiscal ?

Non. Tracfin ne transmet que les dossiers étayés, et la DGFiP choisit ensuite ceux qu'elle contrôle. Mais un contrôle qui arrive quelques mois après une opération atypique (rapatriement de fonds, vente immobilière, dépôt d'espèces) a de fortes chances d'avoir cette origine.

Quelles opérations déclenchent le plus souvent un signalement ?

Les transferts depuis ou vers l'étranger, les dépôts et retraits d'espèces importants ou répétés, les paiements à des sociétés écrans, les achats immobiliers sans cohérence avec les revenus, les opérations en crypto-actifs sans traçabilité, et tout refus de justifier l'origine des fonds auprès de sa banque ou de son notaire.

Sur combien d'années le fisc peut-il remonter ?

Trois ans en principe, dix ans en cas d'activité occulte ou de comptes à l'étranger non déclarés (article L. 169 du LPF), et le délai est rouvert lorsque des faits sont révélés par une instance judiciaire (article L. 188 C). Voir Quel est le délai de prescription en cas d'agissements frauduleux ?.

Que risque-t-on concrètement ?

Les rappels d'impôt sur toute la période, l'intérêt de retard, des majorations de 40 % à 80 %, l'amende pour comptes étrangers non déclarés, la taxation à 60 % des avoirs d'origine non justifiée et, au-delà de 100 000 € de droits éludés avec majoration, une dénonciation au parquet pouvant conduire à des poursuites pour fraude fiscale et blanchiment.

Comment se défendre ?

Répondre dans les délais et de façon complète à chaque demande de justifications, reconstituer l'origine des fonds pièce par pièce, faire vérifier la régularité de la procédure, exercer les recours hiérarchiques et contentieux, et se faire assister dès le premier courrier par un avocat fiscaliste habitué aux dossiers à volet pénal.

Le Contrat de Protection Fiscale

Le contrôle fiscal est une épreuve pour tout dirigeant, et le coût de la défense est difficile à anticiper. C'est pourquoi notre cabinet propose le Contrat de Protection Fiscale, convention d'honoraires forfaitaire annuelle, à souscrire avant tout contrôle, qui couvre l'ensemble de la défense, de l'avis de vérification jusqu'à la cour administrative d'appel : courriers, observations, recours, réclamations et mémoires sont rédigés par nos avocats fiscalistes.

Pour aller plus loin

Sur le site du cabinet : Tracfin dans les affaires de blanchiment de fraude fiscale : le dispositif et les déclarants · Tracfin et blanchiment de fraude fiscale : le parcours du mis en cause · Fraude fiscale et blanchiment, un couple inséparable · Comment l'IA du fisc cible les entreprises · Perquisition, blanchiment et fraude fiscale · Compte non déclaré à l'étranger : que risquez-vous vraiment ? · Contrôle fiscal international et blanchiment d'argent

Textes : LPF L. 12 · L. 16 · L. 16 A · L. 16 B · L. 23 C · L. 64 · L. 69 · L. 169 · L. 188 C · L. 228 ; CGI 755 · 1649 A · 1727 · 1728 · 1729 · 1736 · 1741 ; CMF L. 561-2 · L. 561-15 · L. 561-23 · L. 561-31 ; loi n° 2026-534 du 25 juin 2026.

Contact

Sassi Société d'Avocats, avocats fiscalistes et avocats en droit pénal des affaires à Paris depuis plus de 30 ans

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Mis à jour le 26 septembre 2026.

Publié le 17/08/2025

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